Lire au bord du lac d'Annecy

06 novembre 2008

Ne réveillez pas les fantômes endormis !

Le week-end

Le week-end Bernhard Schlink, Gallimard

Jörg, ancien terroriste de la Fraction Armée Rouge, est gracié par le président de la République Allemande, après 20 ans de réclusion. Sa sœur Christiane, restée proche de lui, organise un week-end avec les compagnons des premiers jours dans une vieille propriété délabrée. Mais le temps a passé en laissant des traces : chacun a évolué et refait sa vie, les anciennes relations laissent affleurer de vieilles tensions et les heureuses retrouvailles tournent à l’affrontement. Dans cet ouvrage dense, Bernhard Schlink poursuit sa réflexion sur la mémoire récente de l’Allemagne : après Le Liseur et Le Retour, qui revisitaient l’après-guerre et ses séquelles, l’auteur revient sur les années de plomb du terrorisme. Dans un style influencé par le polar, il nous replonge dans les contradictions d’une époque où la société se métamorphosa. Il nous en révèle les dessous et le profit que certains cherchent encore aujourd’hui à en tirer, y compris en France.

Posté par LeLibraire à 00:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


26 octobre 2008

de la Roumanie aux Etats-Unis

9782070121984

Un brillant avenir, Catherine Cusset, Gallimard.

   L’itinéraire d’Héléna n’est pas ordinaire : cette Roumaine née en Russie a été élevée par sa grand-mère, ainsi que par son oncle et sa tante qui l’adopteront. Brillante dans ses études, elle veut à tout prix se ménager une place honorable dans la société. Après s’être mariée contre le gré de ses proches avec un homme de confession juive, elle émigre en Israël puis aux États-Unis pour offrir à son fils le « brillant avenir » dont elle rêve pour lui. Cependant celui-ci épouse une Française, à son grand désappointement : ses espoirs d’en faire un parfait Américain paraissent compromis et elle commence par en tenir rigueur à sa belle-fille. Heureusement, sa petite-fille, Camille, ramènera la paix.

   La grande force de ce roman réside dans sa construction : l’auteur fait alterner avec maestria les époques et, de chapitre en chapitre, nous donne les clefs pour comprendre ce parcours et les défis qu’Héléna doit relever à chaque étape.

Posté par LeLibraire à 18:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

20 juillet 2008

Touché au coeur

Séduire comme un dieu : Leçons de flirt antique précédé d'un entretien avec Lucy Vincent

Séduire comme un dieu. Leçons de flirt antique. 

par Laure de Chantal et Karine Descoings.

Les Belles Lettres, 13 €.

C’est un ouvrage qui s’apprécie comme un sorbet aux mille saveurs, comme un bouquet aux mille parfums : tel est le sens originel du nom « anthologie », recueil de « fleurs ». Si l’été vous met d’humeur mutine, découvrez ou redécouvrez les aventures amoureuses des Anciens et leurs stratégies de séduction. Suivez les sentiers tracés par les auteurs ou vagabondez parmi les 150 extraits en piquant au hasard les subterfuges des courtisanes pour se faire épouser, les conseils d’Ovide pour surprendre les proies, les mots doux laissés par des femmes abandonnées à leurs amants volages, quelques épigrammes coquines ou des réflexions savantes sur le baiser. Des premières audaces des dieux aux larcins érotiques de leurs émules, les simples mortels, la flèche d’Eros, transformée en repère chronologique, vous servira de fil d’Ariane pour arpenter le labyrinthe des amours antiques.

Posté par LeLibraire à 19:46 - Commentaires [0] - Permalien [#]

07 février 2008

Mademoiselle Von Paradis

51AtU83CgTL__AA240_

L’incroyable histoire de Mademoiselle Paradis

Michèle Halberstadt / Albin Michel

1750, l’Autriche, le siècle de Mozart : Maria-Theresia von Paradis est la fille chérie de son papa, conseiller de l’impératrice. Elle est belle, pianiste virtuose mais aveugle. Son père ne le supporte pas et confie sa fille à tous les médecins célèbres de la cour, sans autre succès que de la faire souffrir, jusqu’au jour ou elle demande grâce, avouant qu’elle s’est accoutumée à sa cécité. Malgré tout, Mesmer, un jeune thérapeute encore peu connu, qui prétend soigner par magnétisme, propose d’essayer à son tour de guérir Maria-Theresia. Pour la jeune fille c’est un monde de sentiment et de liberté qui se dévoile et une occasion inespérée de recouvrir la vue. Qu’en sera-t-il alors de son art, le piano ? Quant à Mesmer, il lui faudra affronter la jalousie suscitée chez ses confrères, soignants patentés. 

Si l’auteur s’inspire de faits et de personnages réels, elle a su, par son art, plonger son lecteur dans les tréfonds du cœur de Maria-Teresia. Cette histoire offre un intéressant trait d’union entre les traitements purement physiologiques et l’avènement nébuleux de thérapies innovantes qui précéderont la naissance de la psychanalyse un siècle plus tard, à Vienne

Posté par LeLibraire à 22:57 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

19 septembre 2007

Un bordel chaleureux

La pension Eva Andrea Camilleri

Ed Métaillé

Nené, petit garçon, est tout à fait intrigué par cette belle maison près du port habitée par des femmes et fréquentée par des hommes, mais quand il risque un oeil par la porte entrouverte, il se fait vertement tancer.

C'est sa cousine, un peu plus âgée que lui, qui fera son "éducation sentimentale" et qui lui permettra de comprendre ce qui se passe dans la pension Eva... mais impossible d'y entrer avant sa majorité ! Voilà cependant que le père de son ami Jacolino "va se prendre la gestion" de la pension Eva. Et c'est ainsi que Nené, Ciccio et Jacolino auront le droit de venir rendre visite à ces dames le lundi, jour de relâche, pour elles. Et ce qu'ils vont y trouver et y apporter, c'est de l'affection, de la chaleur et des histoires à la limite du merveilleux. De plus, la guerre gronde, les avions américains bombardent, les Allemands quittent les lieux, et la population ne sait pas très bien où elle en est !

Andréa Camilleri nous raconte une histoire qui oscille entre le tragique et le comique avec une verve incomparable. Il faut absolument saluer l'extraordinaire travail du traducteur Serge Quadruppari qui a su rendre ce patois sicilien et donner à la lecture une fraîcheur sans pareille. Autour d'un thème qui pourrait être scabreux, dans une ambiance dramatique, il nous dépeint des personnages pleins de tendresse, de drôlerie et d'imagination.

Et viva Italia !

Posté par LeLibraire à 23:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


06 septembre 2007

deux beaux destins de femmes

18_09_2007_1657_50        La fille des Louganis - Zoli

          Deux romans très différents chez des éditeurs qui n'ont rien à voir, deux écritures très différentes, mais deux destins de femmes magnifiques et tragiques.

Metin ARDITI, auteur d'origine Grecque issu de la Turquie occidentale, nous fait découvrir le destin vraiment tragique d'une fille des îles. Deux frères pas avares de leur sueur, s'installent sur l'île de Spetses pour fuir la misère. Ils proposent leurs services à un monastère et transforment une friche en un terrain propre à la culture et à l'élevage. Mais ils sont avant tout charpentiers et il trouvent donc le temps de se construire un caïque pour partir à la pêche. Or, la pêche se pratique à la dynamite à cette époque. Entre temps, les frères se sont mariés, ils ont constuit une petite maison ensemble. L'un aura une fille, Pavlina notre héroïne,  l'autre un garçon, Aris. Pavlina, petite fille, adore son père qui le lui rend bien, mais également son cousin plus âgé. Puis, c'est le drame, les deux frères meurent dans un accident de pêche : la dynamite a parlé ! Mais est-ce vraiment un accident ?  Pas si sûr. Le père de Pavlina vient de découvrir que son frère est sans doute le véritable père de Pavlina et il est en devenu fou de jalousie. Dans cette famille si étroitement liée, l'inceste n'est jamais loin. Quand Pavlina met au monde un enfant, il lui faut quitter son île, son pays et son enfant... .

Metin ARDITI, d'une écriture linéaire, précise et économe nous plonge dans un tourbillon d'émotions à la lecture de cette histoire. Si l'intrigue en est cruelle, les rencontres et les amitiés qui se nouent au fil de l'histoire, rendent le récit particulièrement touchant.

18_09_2007_1654_43Le deuxième ouvrage, écrit par Colum McCann, auteur irlandais, procède d'une démarche très différente. L'auteur du premier ouvrage évoquait et décrivait son propre univers. Le deuxième ouvrage est appuyé sur un travail de recherches et aborde un univers qui lui est totalement étranger. Zoli est une "Rom" d'origine slovaque. Petite fille au début du livre, elle va perdre ses parents dans des conditions dramatiques et sera élevée par son grand-père. On est dans les années trente, et les Tziganes vivent en tribu dans leurs roulottes au hasard des routes. Ils forment malgré tout une société très codifiée, qui vit selon des règles précises. Dans ces "kumpania", la musique et la poésie sont très importantes, même si tout est purement oral. Il est même mal vu de savoir écrire, comme le grand-père de Zoli. Et il va, contre les règles, transmettre son savoir à sa petite-fille. Les "Roms" l'accepteront jusqu'à un certain point : avec l'avènement du communisme, Zoli est devenue une poétesse reconnue et leur apporte une certaine bienveillance de la part du régime. Mais Zoli veut rester une femme libre et vivre avec son peuple sur les routes. Cette ambivalence sera difficile à vivre. Le travail de recherche et de documentation de Colum McCann est impressionnant, son écriture travaillée et polyphonique (il se met à la place de ses différents personnages) nous captive et nous entraîne bien loin.

Posté par LeLibraire à 00:18 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

11 juillet 2007

Mal de Pierres

J'arrive un peu comme les carabiniers.. mais ça ne fait rien, on ne parle jamais assez d'un bon livre,

alors vite lisez "Mal de pierres" de Milena Agus!

Tout d'abord sachez que Milena Agus est sarde, c'est très important et elle y tient beaucoup. Effectivement tout son récit se situe en Sardaigne et c'est toute la nostalgie d'une belle histoire sentimentale que vous allez retrouver dans ce livre trop court, racontée par une petite fille un peu espiègle.

Un extrait ? voilà : Ils étaient assis sur un banc et grand-mère prit la tête du Rescapé entre ses mains, l'attira sur son coeur qui battait la chamade et défit les premiers boutons de son chemisier. Il caressa ses seins de ses lèvres qui souriaient. "Et si nous embrassions nos sourires?" proposa grand-mère, alors ils échangèrent un baiser liquide, interminable, et le Rescapé lui dit ensuite que cette même idée, des sourires qui s'embrassent, était venue à Dante au chant cinq de l'Enfer pour Paolo et Francesca, qui s'aimaient et qui n'auraient pas dû.

Posté par LeLibraire à 00:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

les gagnants du concours de nouvelles

Voici la liste des gagnants de notre concours de nouvelles "LETTERA AMOROSA" :

Premier prix du jury : "Monsieur Manguin, c'est Eglantine" de Chantal Portier

Deuxième prix du jury : "Forfait illimité" de Joël Périno

Troisième prix du jury : "Nous nous sommes tant aimés" de Marc charvin

Mention spéciale du jury : "Domino" de René Cuissard

prix spéciale de la librairie : "Lettera amorosa" de Françoise Lavrand

Mention spéciale de la librairie : "Mehmet le taxi" de Benoît cochet

Prix spéciale RCF : "j'arrive" de Anne-Marie Pointet

Posté par LeLibraire à 00:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

18 juin 2007

"la soirée" finale de notre concours d'écriture !

Et bien ça y est nous avons pu trouver une date et une salle pour la soirée finale et festive de notre concours d'écriture "LETTERA AMOROSA" :

le vendredi 29 juin à 20h 30 dans les locaux du CPMA 4, rue Filaterie à ANNECY

Nous  remettrons les prix, du jury, les prix spéciaux, librairie la Procure et RCF, nous lirons un certains nombres de textes, le tout accompagné de pages musicales.

participants ou non nous vous attendons nombreux.

Posté par LeLibraire à 23:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

13 juin 2007

Des polars pas très noirs...

Pour celles et ceux qui aiment le suspense et le mystère

pour celles et ceux (mais ils sont plus rares) qui, comme moi, au cinéma, se cachent la tête dans leurs mains, dans le siège ou dans l'épaule du voisin dès que la musique devient inquiétante

qui tremblent de peur rien qu'en regardant Charade à l'Action Ecole,

bref, pour les sensibles, les petites natures et les peureux(ses),

Kalliope, nouvelle détective, a découvert au hasard de ses pérégrinations livresques quelques polars pas trop noirs.

Cela fait longtemps que je veux évoquer cette série romanesque et je n'ai jamais pris le temps ; pourtant je suis devenue une inconditionnelle des romans de Jasper Fforde. Pour l'instant, trois sont sortis en France :

L'affaire Jane Eyre et Délivrez-moi ont paru en poche (10/18), Le puits des histoires perdues est sorti il y a quelques mois chez Fleuve Noir. Je salue au passage le travail de Roxane Azimi qui les traduit en français car j'ai essayé de les lire en anglais et... ça m'a pris un certain temps. L'histoire, difficile à résumer, est à peu près celle-là : dans un monde qui ressemble au nôtre mais qui n'est pas le nôtre (on est aux limites de la science-fiction, mais il ne faut pas se laisser rebuter par l'étiquette) l'héroïne, Thursday Next, détective littéraire, lutte contre des malfaiteurs, seuls ou regroupés dans une association appelée Goliath, qui tentent de s'en prendre aux livres et à leurs habitants. Là, c'est ultra-résumé, mais j'espère que ça vous donnera envie de le lire, car les romans sont surprenants, passionnants, poignants et exaltants. L'ouvrage est totalement inclassable et indéfinissable, mais brillant et inventif. L'auteur a su distiller du suspense, une histoire d'amour et surtout, surtout, il excelle à titiller notre culture littéraire, à semer le doute dans nos souvenirs romanesques et à laisser entrevoir la vie secrète de nos héros préférés une fois le livre refermé. Car le coup de génie de Jasper Fforde (surtout à partir de Délivrez-moi), c'est d'avoir imaginé un univers parallèle, totalement fictif mais parfaitement vraisemblable. Il s'agit de la bibliothèque universelle, que Thursday découvre dans Délivrez-moi et visite de fond en comble dans Le puits... (quoique dans le 3ème, JF commence un peu à s'essoufler et à s'enfoncer dans l'ornière... mais j'ai quand même envie de me lancer dans le suivant). On navigue constamment entre littérature et réalité, entre personnages fictifs, réels ou fictifs au carré et l'on ne s'ennuie jamais. Mon seul regret, c'est de ne pas connaître assez bien la littérature anglaise pour saisir toutes les allusions dont les ouvrages sont truffés, mais l'on trouve beaucoup de plaisir à lire les premiers, peut-être moins "happy few" que le 3ème, même sans cet aimable jeu de piste.

Précipitez-vous donc sur cet ovni littéraire, qui n'a pas vraiment de frères et soeurs, même si le jeu avec la littérature et le lecteur a pu me rappeler deux autres policiers que j'ai beaucoup aimés : Club Dumas d'A. Perez-Reverte et La caverne des idées de J.-C. Somoza. Comme j'ai prêté et sans doute définitivement égaré les 2 premiers de Jasper Fforde, je vous citerai un passage du Puits des histoires perdues : il s'agit du "stage de gestion de la colère" dirigé par Miss Havisham (l'une des protagonistes des Grandes Espérances de Dickens) avec les personnages des Hauts de Hurlevent.

"-Bonsoir, tout le monde, déclara Miss Havisham, et merci d'être venus assister au stage sur la gestion de la colère organisé par la Jurifiction.

Elle s'exprimait sur un ton presque amical, ce qui ne lui ressemblait guère ; je me demandais combien de temps elle pourrait tenir.

-Et voici Miss Next qui assistera à la séance en observatrice. Bon, allez, donnons-nous la main et formons un cercle de confiance pour l'accueillir dans le groupe. Où est Heathcliff ?

-Je ne sais absolument pas où est cette crapule ! clama Linton rageusement. Il est peut-être vautré dans la bourbe, je m'en moque... Que le diable l'emporte, ce ne sera pas trop tôt !

-Oh ! s'écria Catherine en retirant sa main de celle d'Edgar. Pourquoi le hais-tu autant ? Lui qui m'a aimée plus que tu n'as jamais su le faire... !

-Allons bon, interrompit Miss Havisham d'un ton conciliant. Rappelez-vous ce qu'on a dit la semaine dernière à propos des insultes. Edgar, vous devriez vous excuser auprès de Catherine d'avoir traité Heathcliff de crapule, et vous, Catherine, vous avez promis de ne pas parler de votre amour pour Heathcliff devant votre mari.

Ils marmonnèrent des excuses.

-Heathcliff ne va pas tarder, annonça une domestique que je supposai être Nelly Dean. Son agent a dit qu'il avait de la promo à faire. Ne peut-on pas commencer sans lui ? (...)

-Oyez, oyez, fit une voix dans l'ombre.

Le groupe se tut et se tourna vers le nouvel arrivant qui fit son entrée, flanqué de deux anges gardiens et d'un individu qui avait l'air d'être son agent. L'homme était brun, basané et beau comme un dieu. Jusque là, je n'avais jamais bien compris pourquoi les protagonistes des Hauts de Hurlevent se conduisaient quelquefois de façon irrationnelle. Mais maintenant que je l'avais devant moi, tout s'éclaircissait : Heathcliff avait un charisme quasi surnaturel, à vous charmer un cobra d'un seul regard de ses yeux noirs et perçants.

-Heathcliff ! s'écria Catherine, se précipitant dans ses bras. Oh, Heathcliff, mon chéri, tu m'as tellement manqué ! (...)

-Mr. Heathcliff, dit Havisham d'un ton sévère, ça ne se fait pas d'arriver en retard aux réunions ni de narguer ses camarades.

-Au diable vos réunions, Miss Havisham ! s'emporta-t-il. Qui est la vedette dans ce roman ? Qui les lecteurs s'attendent-ils à voir en ouvrant ce livre ? Moi. Qui a remporté le prix du Jeune Premier le Plus Ombrageux pour la soixante-dix-septième fois d'affilée ? Moi. Toujours moi. Sans moi, Les Hauts de Hurlevent n'est qu'une oeuvrette provinciale longue comme un jour sans pain et sans grand intérêt. Je suis la star de ce livre et je fais ce qui me plaît, madame ; allez le dire à l'Homme à la Cloche, au Conseil ou au Grand Manitou en personne, je m'en balance complètement !"

Allez mesdemoiselles, avouez : qui n'a jamais rêvé de voir en vrai, non Heathcliff, mais Darcy d'Orgueils et Préjugés ?

Le deuxième roman est très différent, même s'il a également pour cadre la campagne anglaise. Il est intitulé

Qui a tué Glenn ? a été écrit par une certaine Léonie Swann, traduit par F. Weinman et publié chez Nil Editions. Il possède une particularité charmante qui ne se voit pas sur les photos :

le corps de la brebis est fait d'une petite fourrure toute douce au toucher. So chic !

Un matin, les moutons du troupeau de G. Glenn découvrent que leur berger a été assassiné. Qui a donc a pu commettre ce crime odieux ? C'est ce que nos héros à 4 pattes vont chercher à savoir, en menant une enquête discrète en marge des habitants du village qui ont l'air tous plus louches et suspects les uns que les autres...

Soyons honnête, l'intrigue policière, captivante au début, se révèle finalement bien décevante, mais elle relève plutôt de l'accessoire et du fil conducteur. La grande réussite de l'auteur, dans cet ouvrage original, c'est de nous faire voir le monde par les yeux des brebis et des béliers. Ils ont chacun leur personnalité mais sont tous plus attachants les uns que les autres : il y a Mopple la Baleine, le mouton-mémoire, Zora, Cordélia, Sir Ritchfield, Othello... Chacun a ses talents, ses mystères et le désir de venger un berger qui, malgré sa rusticité un peu brutale et ses trafics pas très clairs, était le seul capable de leur raconter de belles histoires.

Et voici justement l'histoire de la star du troupeau, Miss Maple, la brebis-détective "la plus intelligente du troupeau etc. etc. etc."

"Il y avait très longtemps, à l'époque où Miss Maple n'avait pas encore vu d'hiver, Georges mangeait tous les matins du pain beurré nappé de sirop d'érable. Quand il faisait beau, il prenait son petit-déjeuner dehors, en public, sous les regards envieux de ses moutons. Il installait une petite table branlante devant les marches de sa roulotte. Puis il faisait du café. Ensuite, il apportait l'assiette chargé de tartines. Le temps qu'il retourne activer la cafetière, le pain restait au soleil sans surveillance. Tous les moutons rêvaient de le manger, mais seule Miss Maple savait compter jusqu'à cinquante. Dès que Georges tapait sur le métal du plat de la main, c'était parti. De un à quinze : elle se faufilait vers la roulotte. De quinze à vingt-cinq : elle jetait par précaution un coup d'oeil vers la porte. De vint-cinq à quarante-cinq : elle léchait délicatement le sirop qui recouvrait le pain, si délicatement qu'à la fin il n'y avait pas la moindre trace de langue de mouton. Il fallait aussi veiller à laisser une très fine couche de sirop marron pour éviter que Georges ne remarque quoi que ce soit. De quarante-cinq à cinquante : elle rejoignait les autres en courant et se réfugiait dans le corps laineux de sa mère, qui était un peu honteuse. A cinquante-et-un, Georges sortait de la roulotte, un bol de café brûlant à la main, et commençait son petit-déjeuner.

Un jour, la cafetière cassa. A trente-cinq, Georges se tenait déjà dans l'encadrement de la porte, les bras croisés. Ce jour-là, il lui donna son nom : Miss Maple. Avant même son premier hiver. Les autres furent un peu jaloux et sa mère aussi fière que si elle avait elle-même dérobé le sirop. Quant à Miss Maple, elle se pavana jusqu'au coucher du soleil d'un air distingué parce qu'elle était le plus jeune agneau à jamais avoir été baptisé."

Pour ceux qui veulent découvrir ce qu'on voit du monde, le nez dans les herbes couvertes de rosée, sans que ça vole au ras des pâquerettes !

Posté par Kalliope à 00:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]