Lire au bord du lac d'Annecy

Quelques pages sur la librairie et les éditions du Vieil Annecy, au coeur du centre historique de la ville.

02 juin 2007

paquebot

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507 pages, et ça se lit d'une seule traite, enfin presque : le premier roman d'Hervé Hamon, n'est pas son premier livre mais le 26e. Hervé Hamon a même le titre d'écrivain de Marîne, mais il s'est surtout fait connaître au travers de bons et solides essais, sociologiques et philosophiques écrits avec son compère Rotman. Et là, quelle mouche le pique, le voilà qui se lance dans une fiction légère et drôle menée tambour battant. Il met en scène, ou plutôt, il lance à la mer, un bon vieux paquebot de croisière commandé par un capitaine français surnommé Shrimp, armé par un forban grec sympathique et financé par un Russe mafieux. Le tout vogue sur l'océan Indien entre Madagascar et les Seychelles pour une croisière mystère pleine de rebondissements. L'auteur a certainement eu l'ocasion de participer à ce type de voyage, parce que les personnages, l'équipage, l'encadrement, les croisièristes sont plus vrais que nature, croqués avec un humour décapant. Je ne vous raconterai pas l'intrigue, mais on ne s'ennuie pas une minute, c'est très bien vu, très actuel, et très bien renseigné.

Un petit extrait : "A la passerelle, entouré de consoles, d'écrans et de manettes, Pajetta était franchement ridicule. Il s'était, pour accueillir les touristes et pour animer la soirée Venise, costumé en Arlequin. Les losanges étincelants qui l'ornaient de la tête aux pieds lançaient des éclats dès qu'il se déplacait, fût-ce de quelques centimètres. Le matelot de quart essayait de ne pas trahir une hilarité menaçante. Slivovice, le second capitaine, ne quittait plus des yeux le radar comme si l'ancre allait déraper d'un instant à l'autre. Et le commandant lui-même, malgré la gravité du moment, s'appliquait à ne point broncher. Le pire c'était les souliers : cousus d'or vrai ou (plus problablement) faux, longs et pointus, à talonnettes. Juché la-dessus, Massimo portait le burlesque à un sommet princier."

Paquebot - Hervé Hamon Edition Panama

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01 juin 2007

Il est paru

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3 ans de travail pour les auteurs, 2 ans de gestation avec les éditeurs, et voilà le résultat, un suberbe livre grand format relié de 287 pages, des centaines d'illustrations et tout ce que vous souhaitiez savoir sur la poterie savoyarde ; Les lieux, les ateliers, les familles de potiers et tous les genres de poterie possibles et imaginables, venez vite le découvrir !

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24 mai 2007

Istanbul Souvenirs d'une ville

25_05_2007_1511_18Quand on lit Istanbul Souvenirs d'une ville, on comprend vite pourquoi Orhan Pamuk a été lauréat du prix Nobel de littérature en 2006. Ce livre est inclassable : ce n'est pas un roman, pas vraiment une autobiographie même s'il en a quelques traits, ce n'est pas non plus un récit ni même un essai. Je dirais que c'est davantage une ode à sa ville. Orhan Pamuk possède en effet une façon très personnelle de raconter Istanbul. Il se raconte, du moins il raconte son existence et celle du clan Pamuk dans Istanbul. C'est à la fois son histoire et celle de sa ville, c'est lui et la façon dont il s'est construit, instruit et cultivé, c'est la lente déchéance de sa famille dans un environnement minutieusement décrit. Le résultat, c'est ce tableau formidable d'une ville multiple et unique à la fois, trait d'union entre plusieurs civilisations. En outre - fait rare en littérature -, le livre est émaillé de nombreuses photos en noir et blanc qui accentuent le caractère nostalgique de l'ensemble.

L'auteur nous fait découvrir un peuple, ou plus exactement une mosaïque d'habitants. Je crois, pour ma part, que les Stambouliotes ne sont pas forcément représentatifs du peuple turc : ils sont bien davantage. Au hasard de ses allées et venues, c'est toute l'histoire d'Istanbul que nous narre Orhan Pamuk.  Chaque épisode est amené par la mention d'un quartier, d'une maison, d'un immeuble, d'un palais ou d'un monument. C'est là que l'extraordinaire culture littéraire, artistique et historique de l'auteur fait merveille. Comme il est un fin connaisseur de la littérature française, on apprend tout sur les séjours à Byzance, Constantinople puis Istanbul de nombreux personnages plus pittoresque les uns que les autres comme Théophile Gautier, Gérard de Nerval ou Gustave Flaubert.

Je ne peux pas vous décrire en quelques lignes le plaisir que l'on trouve à lire 439 pages sans jamais s'ennuyer. Aussi, vous voyez ce qu'il vous reste à faire ! 

Un vrai bonheur de lecture et d'érudition dénué de tout pédantisme.  Quelques lignes pour partir en voyage :

"Gustave Flaubert arrive à Istanbul en octobre 1850, soit sept ans après Nerval. il y vient accompagné de son ami photo-reporter Maxime Du Camp et de la syphilis qu'il vient de contracter à Beyrouth, et il y séjourne pendant environ cinq semaines. Il ne faut pas prendre au sérieux sa lettre écrite d'Athènes à son ami Louis Bouilhet après avoir quitté la ville lorsqu'il dit qu'"il y faudrait passer six mois". Flaubert était en effet quelqu'un qui éprouvait de la nostalgie pour tout ce qu'il laissait derrière lui. Dans les lettres où il fait précéder la date du mot Constantinople, on s'aperçoit facilement que sa maison à Rouen, sa chambre de travail, et sa chère maman, dont la séparation l'avait fait beaucoup pleurer, était ce qui lui manquait le plus depuis le début de son voyage, et qu'il souhaitait rentrer à la maison au plus vite."

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23 mai 2007

Jesus de Nazareth

21_05_2007_1706_03A paraître à partir du 24 mai ce livre important du Pape Benoît XVI,

à noter la volonté d'apparaître sous son nom de Pape et sous son propre nom,

C'est le théologien qui écrit, un ouvrage que l'on annonce comme très important !

A suivre

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L'INNOCENCE

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Je viens de terminer la lecture du dernier livre de Tracy CHEVALIER l'INNOCENCE paru chez Quai Voltaire. Pour vous situer l'auteur, la jeune fille à la perle, grand succès littéraire porté avec beaucoup de justesse à l'écran c'est elle, la dame à la licorne, c'est elle aussi, mentionnons encore le récital des anges.

Tracy Chevallier s'est fait une spécialité : elle part d'une réalité, un tableau de Vermeer pour la jeune fille à la perle, une tapisserie pour la dame à la licorne et pour ce dernier roman, une époque précise en Angleterre 1790 avec, en fil rouge, la Révolution Française et un personnage très original, William BLAKE, peintre et poète. Autour de ces faits réels et très documentés, elle imagine une histoire avec des personnages attachants, essentiellement deux adolescents, un frère et une soeur qui débarquent à Londres en provenance de la campagne et vont y rencontrer une gamine qui a tout de la gavroche locale. Ils auront l'occasion de rencontrer W. Blake qui, comme beaucoup d'artistes, est un écorché vif à contre-courant de ses contemporains. Grand humaniste, il a des sympathies pour les révolutionnaires français, ce qui ne plaît pas beaucoup et inquiète autour de lui. La narration un peu alanguie au départ s'accélère au fil des pages. Elle nous brosse un portrait passionnant et instructif de l'Angleterre de l'époque.

Quelques lignes tirées du livre :

Il était rare que Maggie eût un après-midi de libre. A l'usine, on travaillait de six heures du matin jusqu'à midi. Après une pause d'une heure pour le déjeuner, on reprenait jusqu'à sept heures du soir. Toute infraction à cet horaire entraînait le renvoi, comme Maggie l'avait appris à ses dépens le jour où, employée à la fabrique de moutarde, elle s'était permis un petit somme dans le jardin des Blake. Aussi, en entendant Mr Beaufoy, le propriétaire de la vinaigrerie, annoncer à son personnel qu'ils auraient congé après le déjeuner, Maggie ne se joignit-elle pas aux autres pour applaudir en criant "Hourrah !". elle était sûre qu'il leur cachait quelque chose.

Maggie (15 ans) avait raison !

Pascal

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21 mai 2007

Sourires et soupirs

Ma petite balade littéraire de ces jours demeurera en lien avec l'actualité. Pour en rire et pour en pleurer...

> la gorge serrée en parcourant le très beau roman de l'auteur suédois Henning Mankell, intitulé Tea-Bag et publié au Seuil. Je connaissais les excellents polars de Mankell (mention spéciale à La lionne blanche et à L'homme qui souriait, mais chacun a ses favoris) et là j'ai découvert une toute autre veine. C'est le roman d'un écrivain engagé, grand connaisseur de l'Afrique, qui plonge son lecteur au coeur d'un monde inconnu et discret, celui des immigrés clandestins. L'histoire met en scène un poète qui publie depuis des années des recueils abscons et autocentrés jusqu'au jour où, par un concours de circonstances, il renoue avec un ancien ami qui lui fait découvrir un univers inconnu, celui des immigrés en Suède. Jesper Humlin doit apprendre à écrire à 3 jeunes filles. Par elles, il en viendra à côtoyer tout un monde de détresse, de solitude, de désespoir, mais aussi d'énergie à survivre, envers et contre tout. A leur charme, à leur force, il est impossible de résister. Le roman est parfois très drôle, notamment quand le narrateur explore la vie du poète, presque caricatural avec ses phobies et ses petites vanités, persécuté par un éditeur qui veut à toute force lui faire écrire un polar, une mère et une compagne qui exigent de lui des enfants et un courtier qui s'ingénie à lui faire croire qu'il n'a pas tout perdu en bourse. On frôle parfois l'absurde. C'est bien plus sombre quand on se plonge dans les souffrances, les récits et les mensonges de jeunes filles chassées par le malheur et la violence de leur pays d'origine. Au terme de leur quête d'une Europe rêvée, elles ne trouvent que des désillusions et une existence à mener dans la crainte permanente d'être arrêtées et reconduites à la frontière. Ce livre a le mérite, une fois encore, de mettre des noms sur les visages anonymes de tant d'immigrés, sur des gens qu'on n'imagine qu'en groupe.  Le livre ne verse jamais dans l'angélisme et la béatification des victimes de l'immigration, acculées à l'illégalité et au repliement identitaire pour survivre. Il évite également l'écueil du pathos : le ton reste sobre, le regard lucide mais poignant.

Quelques mots extraits du livre :

"- Moi je t'ai écoutée.

-Tu n'as pas entendu ma voix. Tu n'entendais que la tienne. Tu ne m'as pas vue. Tu voyais une personne qui naissait de tes mots à toi.

-Ce n'est pas vrai.

Tea-Bag haussa les épaules.

-Vrai ou pas vrai, quelle importance ?

-Que va-t-il se passer ?

-On se lève, on s'en va. Tu nous vois partir. On est parties. Voilà. Stockholm est une ville qui vaut les autres, pour les gens qui n'existent pas. Qu'on entrevoit, puis qui s'effacent. Je n'existe pas. Tania non plus. On est des ombres au bord de la lumière. De temps en temps, on tend un pied ou une main, ou un bout de visage à la lumière. Mais on les retire très vite. On est en train de gagner le droit de rester dans ce pays. Comment on va le gagner, je n'en sais rien. Mais aussi longtemps qu'on reste cachées, aussi longtemps qu'on est des ombres et que vous ne voyez qu'un pied ou qu'une main, nous approchons. Un jour nous pourrons peut-être aller dans la lumière. Mais Leïla existe déjà. Elle a trouvé comment sortir du monde des ombres."

> Pour rire à gorge déployée, il faut lire l'hilarant pastiche de Gospé et Sempinny, diplômés de toutes les plus hautes écoles "à l'ouest du Pécos". Il est intitulé Le petit Nicolas, Ségolène et les copains et publié aux éditions du Rocher. L'imitation du petit Nicolas et de ceux qui nous gouvernent est parfaite et les chapitres nous permettent de revisiter agréablement les rebondissements de ces derniers mois depuis le référendum et le départ de Raffarin jusqu'à Noël environ. La caricature, jamais méchante, tombe toujours juste.

L'extrait suivant vous convaincra sans doute. Il est extrait du chapitre "Nicolas est candidat" (aux élections du délégué de classe...)

"François a dit que tous les candidats devaient pouvoir s'exprimer à égalité. Parce qu'il dit souvent que Nicolas et Ségolène sont les chouchous de la maîtresse, même qu'ils sont les premiers de la classe alors qu'il n'y a pas de raison.

Lionel a demandé à prendre la parole et il a fait tout un discours. On n'a pas très bien compris ce qu'il voulait dire, parce que c'était trop compliqué.

Laurent a expliqué que ça lui paraissait normal que ça soit lui, le délégué, parce qu'il avait des "facilités".

Ségolène a dit qu'elle était plus gentille et plus soigneuse que les garçons, et qu'une fille pourrait mieux aider la maîtresse, parce qu'elles se comprendraient.

Jean-Marie a dit que ce serait une catastrophe s'il n'était pas élu délégué, parce que c'était vraiment une dernière chance pour la classe et qu'après ce serait bien trop tard.

Philippe a dit qu'on ne pouvait pas élire quelqu'un qui est toujours au piquet.

Dominique a dit qu'il refusait de se présenter, parce qu'il voulait susciter autour de lui un vaste rassemblement.

José et Olivier discutaient au fond de la classe, pour savoir lequel des deux se présenterait. Finalement, ils ont dit qu'ils seraient tous les deux volontaires pour mieux représenter leur sensibilité.

Jack a promis qu'avec lui la classe serait plus gaie. Même qu'il partagerait ses Malabar.

Alors, Nicolas a levé le doigt pour prendre la parole. Il a dit qu'il avait les meilleures notes, et qu'il courait le plus vite, et qu'il n'allait jamais au coin, et qu'alors il était le mieux placé.

Il a dit à Ségolène qu'il la protégerait, et à François qu'il tiendrait compte de ses conseils. Il a dit que Jean-Marie avait raison, mais qu'il avait trop mauvais caractère, et qu'il veillerait à ce qu'il ne soit pas toujours au piquet. Il a dit à Laurent qu'il aimait les voitures de course, et à José qu'il aimait l'odeur du foin à la campagne. Il a dit à Lionel qu'il était le meilleur au foot, et à Jack qu'il était un artiste. Il a même demandé à la maîtresse pourquoi elle n'était pas directrice. Il n'y a qu'à Dominique qu'il n'a pas parlé."

Je ne résiste pas au plaisir de vous donner le résultat de l'élection : une voix chacun !

Bonne lecture,

                                                K*.

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Le bon grain est livresque

Donc, je fais un petit tour de manège pour vous présenter mes lectures du mois. J'ai décidé de reprendre une métaphore empruntée au Nouveau Testament (est-elle présente également dans l'Ancien Testament ? je l'ignore, mais j'attends les réponses des spécialistes qui liraient ce blog...).

> le grain de sable, qui se glisse dans l'itinéraire tranquille de Peter Debauer, héros du Retour de Bernard Schlink (Gallimard), c'est le livre qu'il lit (en partie seulement) un été chez ses grands-parents et qui présente de troublantes coïncidences avec sa propre existence. Ce doute minuscule le conduit à mener l'enquête de sa vie. Il y découvrira le mystère de ses origines et la possibilité d'aimer. Une variation contemporaine sur le mythe d'Ulysse, dans laquelle le héros est tantôt Ulysse, tantôt Télémaque et, qui sait, peut-être même Pénélope... Le livre a été éreinté par la critique allemande, paraît-il, mais moi j'ai beaucoup aimé. Je crois que j'ai d'abord été captivée par l'intrigue et par le jeu littéraireJ de réécriture.

L'extrait qui va vous donner envie de le lire :

"Je m'étais pris d'affection pour lui. Parce qu'il aimait l'Odyssée et qu'il jouait avec son texte. Parce que la lecture de son roman avait été ma première rencontre, et non la pire, avec la littérature populaire. Parce que sa fin ouverte, qui à vrai dire n'en était pas une, avait fait faire des cabrioles à mon imagination. Parce qu'on ne saurait s'occuper aussi longtemps de quelqu'un sans se prendre d'affection pour lui.

Ou le haïr. Même si je n'en étais pas là, sa façon de jouer, qui m'avait plus dans son roman, ne me plaisait plus dans ses lettres et dans ses articles. (...)

Je continuais à vouloir savoir la fin du roman. Si nombreuses que fussent les histoires de soldat rentrant de la guerre que j'avais lues, si nombreuses aussi les suites que je pouvais imaginer aux rencontres du 38 Kleinmeyerstrasse, je n'en voulais pas moins savoir comment l'auteur avait raconté jusqu'au bout la rencontre. Peut-être était-ce un retour qui n'avait encore jamais été raconté, jamais été écrit, jamais encore été pensé. Peut-être était-ce le retour par excellence."

Si vous aimez cet ouvrage, vous aimerez aussi le chef d'oeuvre de B. Schlink, Le liseur ainsi que le très beau roman de R. C. Zafon, L'ombre du vent. Pour un autre genre de variation sur l'Odyssée, lisez Paix à Ithaque du Hongrois Sandor Maraï.

> le grain de folie, je l'ai trouvé dans le premier roman de Jean-Paul Dubois (Robert Laffont) intitulé Tous les matins je me lève. Ce n'est pas récent (1988 mais il a été réédité en Points Seuil récemment). Depuis, l'auteur a enchaîné les succès dont Une vie française. Comme ne l'indique pas le titre, c'est l'histoire d'un type qui n'arrive pas à se lever le matin et ça tombe bien parce qu'il est écrivain, donc il a pleine licence pour organiser son temps. Il consacre donc ses journées à de longues escapades en bagnoles dans sa vieille Triumph avec ou sans épouse et enfants, à de longues discussions avec des potes aussi paumés que lui, à enchaîner les longueurs dans sa piscine de 7 m de diamètre (170 longueurs avec ses lunettes anti-buée), à terroriser les critiques littéraires aigris et à sauver des chiens dans la mer déchaînée au péril de sa propre vie. Et à prendre de bonnes résolutions ! J'oubliais ses nuits passées à sauver de la défaite l'équipe de France de rugby. C'est drôle, loufoque et iconoclaste à souhait... avec un soupçon de mélancolie en arrière-plan : j'adore.

L'extrait qui va vous donner envie de le lire :

"J'ai enfoncé la tête dans l'oreiller. Il n'a pas résisté. Quand j'ai ouvert l'oeil, j'ai essayé de deviner l'heure à l'intensité du jour qui filtrait par le contrevent. J'ai pensé : "Il est dix heures douze." Le radioréveil indiquait douze heures vingt-cinq. Ca m'a mis de mauvaise humeur. D'abord parce que je m'étais trompé, parce que le temps avait filé plus vite que je ne l'avais ressenti et surtout parce que, une fois encore, j'allais me lever tard. Je n'aimais pas ça mais je n'arrivais pas à faire autrement."

J'ajoute l'épigraphe, qui n'est pas de Dubois mais de Cioran et qui donne l'exacte tonalité du livre :

"Si on avait une perception infaillible de ce qu'on est, on aurait tout juste encore le courage de se coucher, mais certainement pas celui de se lever."

Pour prolonger cette lecture, je ne penserais pas à un autre livre mais à un film : Kennedy et moi avec J.-P. Bacri en écrivain ronchon et cynique.

> le grain de beauté se déroule dans la campagne française de 1930. Il s'agit du dernier roman paru d'Irène Némirovsky, Chaleur du sang (Denoel). Déjà, pouvoir lire ce livre et le précédent, Suite Française, tient du miracle : nous le devons au courage et au dévouement des filles de l'auteur qui ont transporté avec elles, de cache en cache, pendant la seconde guerre mondiale, les précieux derniers feuillets de leur mère. Les romans de Némirovsky (ceux que je connais du moins) sont féroces avec tendresse, élégants avec précision, et humains, profondément humains. C'est un délice de s'y plonger et un crève-coeur de devoir les abandonner, surtout quand ils sont inachevés comme Suite Française. L'intrigue de Chaleur du sang est simple, mais difficile à résumer : le roman traite des passions qui peuvent conduire à tout abandonner, à briser autrui pour assouvir son désir, folies de jeunesse qu'une fois devenu vieux, on contemple sans plus les comprendre. Le récit embrasse deux générations, deux époques pour toujours perdues l'une pour l'autre. L'expérience des uns ne sert en rien aux autres. C'est assez bref, mais efficace. On en ressort une fois encore ébloui par les dons d'observation et de conteuse d'Irene Némirovsky.

Pour vous faire sourire, la parfaite description du mariage de province :

"(...) Je revoyais tous ceux auxquels il m'avait été donné d'assister, ces longues ripailles de province, les figures rouges des buveurs, les garçons loués à la ville voisine avec des chaises et le parquet du bal, la bombe glacée au dessert, le marié qui souffre dans ses souliers trop étroits et, surtout, surgis de tous les coins et recoins de campagne environnante, la famille, les amis, les parents, les voisins, perdus de vue parfois depuis des années et qui reviennent tout à coup comme des bouchons sur l'eau, chacun éveillant dans la mémoire le souvenir de brouilles dont l'origine se perd dans la nuit des temps, d'amours et de haines mortes, de fiançailles rompues et oubliées, d'histoires d'héritages et de procès...

Le vieil oncle Chapelain, qui a épousé sa cuisinière, les deux demoiselles Montrifaut, deux soeurs qui ne se parlent plus depuis quatorze ans, quoiqu'elles habitent la même rue, parce que l'une d'elles, un jour, n'a pas voulu prêter à l'autre sa bassine à confitures, et le notaire dont la femme est à Paris avec un commis-voyageur, et... Mon Dieu, quelle réunion de fantômes, un mariage de province !"

Pour clore ce billet, je vous citerai un passage qui parle... de grain !

"-Ah, mon ami, devant tel ou tel événement de votre vie pensez-vous quelquefois à l'instant dont il est sorti, au germe qui lui a donné naissance ? Je ne sais comment dire. Imaginez un champ au moment des semailles, tout ce qui tient dans un grain de blé, les futures récoltes... Eh bien, dans la vie, c'est exactement pareil. L'instant où j'ai vu François pour la première fois, où nous nous sommes regardés, tout ce que cet instant contenait... c'est terrible, c'est fou, ça donne le vertige ! ... Notre amour, notre séparation, ces trois ans qu'il a passés à Dakar, lorsque j'étais la femme d'un autre et... tout le reste, mon ami... Puis, la guerre, les enfants... Des choses douces, des choses douloureuses aussi, sa mort ou la mienne, le désespoir de celui qui restera.

-Oui, dis-je, si on connaissait d'avance la récolte, qui sémerait son champ ?

-Mais tous, Silvio, tous, fit-elle en m'appelant du nom qu'elle ne me donnait plus que rarement. C'est la vie, cela, joie et larmes. Tous veulent vivre, sauf vous."

Bonne lecture,

                                      K*.

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20 mai 2007

La Poterie Savoyarde

21_05_2007_1815_05L'ouvrage sur la Poterie savoyarde traditionnelle, préparé avec nos auteurs Anne Buttin et Michelle Pachoud-Chevrier, paraîtra fin Mai ! Nous avons pris un peu de retard, mais c'est pour vous proposer un ouvrage parfait.

En 2002, les mêmes auteurs avaient publié un premier ouvrage intitulé Potiers et céramistes des Pays de Savoie qui concernait les années 1900-1960.

Ce nouvel ouvrage qui s'intitulera : La poterie domestique en Savoie revient sur les années antérieures et la poterie utilitaire traditionnelle. Comme le premier, il sera abondamment illustré et très renseigné, les auteurs ayant longuement enquêté dans les différentes provinces de notre région pour retrouver les traces des anciens potiers.

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Concours de Nouvelles 2007

Le concours de nouvelles que nous avons lancé début Mars se déroule très bien. Nous avons reçu plus de 30 textes de très bonne tenue, souvent très émouvants. Nous avons remis ces textes aux quatre membres de notre jury qui ont maintenant terminé leur lecture et qui vont se réunir pour déterminer leur classement. La qualité des textes et leur nombre nous a convaincus de créer en plus des prix du jury, un prix spécial librairie et un prix spécial RCF, notre partenaire dans cette opération.

Fin juin, nous organiserons une grande soirée pour la remise de ces prix. Au cours de cette soirée, accompagnée musicalement par des membres du CPMA, nous lirons et mettrons en scène les nouvelles.  Nous nous attacherons aux nouvelles primées, bien sûr, mais nous souhaitons aussi mettre en valeur tous les textes reçus. RCF relaiera également sur les ondes les résultats de ce concours. Dès que nous aurons déterminé la date et le lieu de la soirée, nous vous la communiquerons.

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Bienvenue

Bienvenue sur le blog de la Librairie la Procure le Vieil Annecy !

Nous souhaitons, à l'aide de ce nouvel instrument, vous donner quelques informations sur l'actualité de notre magasin, animations, débats, signatures, etc.

... mais aussi vous informer des nouveautés qui nous paraissent importantes, aussi bien dans le domaine religieux, qu'en littérature, histoire, sciences humaines, régionalisme, sans oublier bien sûr les livres pour les petits.

... vous faire partager nos coups de coeur, et, éventuellement, avoir vos commentaires.

Vous savez que nous avons également une activité d'édition liée à la librairie. Nous profiterons donc de ce blog pour vous tenir informés de nos nouvelles parutions.

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